Déremboursement de l’homéopathie : qu’est-ce qui va changer ?

Après de longs débats scientifiques et politiques, la nouvelle est tombée ! Le ministère de la Santé Agnès Buzyn vient d’annoncer que d’après les recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), l’homéopathie ne sera plus remboursée par la Sécurité sociale d’ici 2021. Cela se fera de manière progressive, l’année 2020, le taux de remboursement sera de 30 à 15 %, et à compter du 1er janvier 2021, ce sera 0 %.

Déremboursement de l’homéopathie, plus de retour en arrière pour le gouvernement

Le gouvernement a pris sa décision, il n’y a plus de remboursements possibles pour les traitements homéopathiques. La raison à cela est leur manque d’efficacité. À ce jour, il n’y a aucune étude fiable qui atteste la moindre efficacité de l’homéopathie. Depuis longtemps, des méta-analyses ont été effectuées, et le résultat a annoncé que l’homéopathie ne présente aucune action clinique supérieure au placébo. La commission de transparence a considéré environ 300 études et une trentaine de contributions, et plusieurs proviennent des syndicats de médecins homéopathes ou des sociétés savantes et d’associations d’utilisateurs de l’homéopathie. Les représentants des laboratoires produisant des médicaments homéopathiques ont été aussi entendus par la commission de la transparence. Il s’agit notamment du laboratoire Boiron qui est leader dans le secteur. Pour ce dernier, même si la bataille a duré 2 bonnes heures, rien n’a changé. La procédure a permis d’annoncer le manque de preuves sur l’efficacité de ces petites granules. L’issu est donc un avis négatif pour le remboursement par l’Assurance Maladie. Concernant la décision d’attente de déremboursement pour 2021, le gouvernement veut donner du temps aux industriels afin qu’ils puissent s’adapter petit à petit à la situation.

 

L’impact du déremboursement de l’homéopathie

Du côté des utilisateurs, bien évidemment, cette nouvelle ne plaît pas à tout le monde. Une enquête a été faite suivant la requête des laboratoires fabricant ces traitements homéopathiques, et il en ressortait que près de 70 % des usagers ne sont pas de cet avis. Qu’importe le médicament, quand tout d’un coup, on annonce qu’il ne sera plus remboursé, c’est normal qu’on fait face à de la colère. Les utilisateurs devront donc payer de leur poche le tube de granules qui coûte 2 euros en moyenne. C’est peu cher sauf si les laboratoires ne passent pas de 2 à 8 euros, mais dans quel intérêt feront-ils ça ? De plus, la majorité des utilisateurs continueront à acheter les traitements homéopathiques qu’ils soient remboursés ou non. Néanmoins, quelques laboratoires inquiètent en disant vouloir supprimer des emplois, c’est le cas du laboratoire Boiron qui va connaître une baisse importante des ventes et qui menace 1 000 emplois en Hexagone, sans compter les sous-traitants.

 

Les traitements homéopathiques, la suite

Les malades devront savoir que le déremboursement de l’homéopathie ne veut pas que les traitements soient condamnés ou interdits. Ils seront toujours disponibles en pharmacie, mais il faudra les payer. La fabrication des médicaments par les laboratoires homéopathiques continue toujours, mais à condition de respecter les réglementations en vigueur. Pour leur vente, ils doivent faire l’objet d’un enregistrement ou avoir une autorisation de mise sur le marché ou AMM. Également, l’enseignement de l’homéopathie poursuit toujours son cours. Concernant les consultations, en Hexagone, il n’y a pas encore de médecins homéopathes comme les rhumatologues, les dentistes, les généralistes… mais ces derniers sont habilités à pratiquer l’homéopathie et à prescrire des traitements homéopathes qui ne seront plus remboursés d’ici 2021. Cependant, ce sont des professionnels de la santé au même titre que les praticiens diplômés, et la consultation est toujours prise en charge par la Sécurité sociale.

 

Quelques chiffres

Actuellement, on compte 20 000 médecins à proposer des traitements homéopathiques, mais d’après le SNMHF (Syndicat national des médecins homéopathes français), 5 000 praticiens exercent principalement l’homéopathie. À titre d’information, le secteur de l’homéopathie représente près de 620 millions d’euros l’année 2017 d’après les ventes recensées dans plus de 10 000 pharmacies en France. Pour l’Assurance maladie, l’année 2016, les remboursements des traitements homéopathiques ont atteint 128 millions d’euros. Ces chiffres indiquent donc que ce n’est pas vraiment les dépenses, mais plutôt l’efficacité. Mais quand même, en optant pour le déremboursement de ces médicaments, la Sécurité sociale fait une importante économie. Environ 1 200 traitements homéopathiques sont concernés par cette décision. À noter que cette décision de déremboursement de l’homéopathie fait suite à ce qui se passe dans la plupart des pays européens. En effet, en Italie et en Espagne, les usagers des traitements homéopathiques paient de leur poche les granules. Pour le Royaume-Uni, la décision de déremboursement de l’homéopathie a été prise l’année 2017.